L’OIM et le gouvernement du Niger accentuent le plaidoyer pour juguler la traite des personnes

OIM - ONU Migration
6 min readOct 4, 2021
Photo: Sensibilisation des populations de Zinder sur les risques de la traite, de la migration irrégulière et de la mendicité. Photo : OIM/Isabelle Vancutsem

Niamey (Niger) — Située au sud-est du Niger, la ville de Zinder est la troisième plus grande du pays mais également une plaque tournante de la migration. Zinder est une région de départ pour nombreux nigériens, en particulier ceux provenant du département de Kantché, un département à la frontière avec le Nigeria. Traditionnellement, la migration a toujours été vue comme une stratégie de développement dans cette localité. Elle était majoritairement masculine et s’orientait vers le Nigeria. Les nouvelles tendances montrent une féminisation de cette migration ; les femmes accompagnées de leurs enfants, ou des filles non accompagnées se rendent vers les centres urbains ou en Algérie pour rejoindre les réseaux de mendicité ou exercer d’autres activités informelles.

Zinder est également une région de transit pour des migrants d’Afrique de l’Ouest et du Centre, y compris des Nigérians en quête d’une vie meilleure. Ces flux mettent à rude épreuve les capacités du gouvernement et de ses partenaires organisationnels à protéger les migrants vulnérables et font de Zinder, un lieu particulièrement touché par le phénomène de la traite des personnes.

Depuis 2017, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a aidé 565 victimes de traite. Parmi elles, 69 pour cent sont des femmes et 37 pour cent sont des enfants. La majorité des victimes sont Nigérianes (56 pour cent) et Nigériennes (23 pour cent). Les autres pays d’origine des victimes de traite sont le Bénin (5 pour cent), le Libéria (3 pour cent), le Cameroun, la Gambie, et le Soudan (2 pour cent).

A l’occasion de la Journée nationale de mobilisation contre la traite des personnes le 28 septembre, l’OIM et l’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes (ANLTP) ont organisé une série d’activités à Zinder afin de sensibiliser les populations et les migrants sur ce fléau.

Photo : L’OIM, représentée par Rahamatou Daouda, assistante protection, participe au débat télévisé en haoussa sur les mécanismes de protection des victimes de traite au Niger. Photo : OIM/Isabelle Vancutsem

Plus de 2 000 personnes étaient ciblées par ces activités sur la traite des personnes, la mendicité et les risques de la migration irrégulière. Il s’agissait également de faire connaitre le centre d’accueil et de protection pour victimes de traite au grand public et institutions étatiques. Financé par l’OIM, c’est le premier et le seul centre étatique avec ce mandat existant dans le pays.

La veille de la journée, une troupe théâtrale est passée dans les quartiers les plus défavorisés de Zinder, où de nombreux enfants se retrouvent confiés, voire « loués » à d’autres adultes, en vue de rejoindre les réseaux de mendicité dans les villes du Niger, y compris à Zinder, ou en Algérie. Plus de 300 personnes, dont la moitié des femmes et des enfants, ont pris part à cette activité.

« Je suis moi-même mendiante. Mes enfants sont des mendiants. Avec le message que vous passez, je pense que je devrais arrêter », a contribué une participante.

« Un enfant doit être scolarisé, » a complété un jeune garçon.

Un débat télévisé sur les mécanismes de protection des victimes de traite à Zinder a été organisé le même jour. L’OIM est intervenu au cours de l’émission pour expliquer la notion de traite, les différentes formes qu’elle peut prendre et pour informer sur l’existence du centre d’accueil et de protection de la ville et les types d’assistance qui y sont fournies.

Une journée porte ouverte du centre a également été organisée à l’attention des autorités centrales et régionales à l’occasion de la Journée. Depuis son ouverture en juillet 2019, le centre a accueilli plus de 200 victimes de traite, des hommes, des femmes et des enfants nigériens et étrangers. Le centre dispose d’infrastructures prenant en compte les besoins des femmes et des filles, ainsi que le besoin de distraction des enfants par la mise en place récente d’un espace ami des enfants. Un comité de gestion du centre appuyé par l’OIM et constitué de 20 membres, représentant 4 ministères et les OSC, a été créé en 2019. Ce comité permet aux différents représentants étatiques et partenaires concernés d’échanger et de trouver des solutions pour répondre aux défis en vue d’améliorer la qualité de l’assistance fournie et renforcer les séances de sensibilisation et les moyens d’identification des victimes dans la région de Zinder.

« L’exploitation des jeunes filles, la location d’enfants dans des champs d’autrui moyennant une somme d’argent qui profite aux adultes, et l’exploitation abusive des femmes vulnérables par des proxénètes, sont toutes autant des pratiques qualifiables de la traite des personnes et pour lesquelles les autorités de Zinder ont déclaré une guerre sans relâche, » a déclaré Abdou Issa, Vice-Maire de Zinder.

A la suite de la cérémonie d’ouverture, quatre conférences ont été organisées à l’Ecole Nationale de la Santé Publique à l’attention de 150 étudiants de toutes les facultés. Les débats ont autour de l’évaluation de l’ordonnance 2010–86 et le phénomène de mendicité des femmes et des enfants parmi d’autres thèmes. La journée s’est clôturée par une soirée culturelle à la Maison des Jeunes de Zinder avec des performances et chansons sur la traite et l’esclavage.

« Il convient de noter l’ignorance ou l’insuffisance d’informations sur les risques récurrents de la traite des personnes. Il est nécessaire que la population soit sensibilisée afin de prendre conscience de l’existence du phénomène, ses différentes manifestations, et se protéger, » dit Barbara Rijks, Cheffe de mission de l’OIM Niger.

Journée portes ouvertes au centre pour les victimes de traite de Zinder. Photo : OIM/Isabelle Vancutsem

La Journée nationale de mobilisation contre la traite des personnes a été instituée en 2015. Conformément au décret, cette journée est l’occasion d’informer et sensibiliser le grand public sur les risques récurrents de la traite des personnes, de promouvoir les mécanismes de prise en charge et l’intégration sociale des victimes, et notamment de vulgariser les statistiques dans le domaine.

Le Niger est l’un des premiers pays à avoir ratifié le Protocole « de Palerme » visant à prémunir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants en 2004. Il l’a ensuite traduit en droit interne en 2010 via l’adoption de l’ordonnance 2010–86 relative à la traite des personnes. L’OIM a donc depuis 2010 accompagné le Gouvernement du Niger dans sa lutte contre la traite des personnes.

L’ordonnance a créé deux institutions clés pour la lutte contre la traite des personnes : la Commission Nationale de Coordination et de Lutte contre la Traite des personnes, ayant pour mandat d’élaborer les programmes et politiques de prévention, et l’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des personnes, ayant le rôle de mise en œuvre de ces derniers. Dans le cadre de ses actions visant le renforcement du dispositif institutionnel, l’OIM a contribué à la dotation de matériel et au renforcement de capacités de l’ANLTP-TIM au niveau central, mais également à la mise en place de huit bureaux régionaux. En outre, l’OIM accompagne la Commission de Coordination à l’élaboration de son plan d’action quinquennal, qui est l’outil de coordination et de planification de lutte contre la traite des personnes et l’esclavage au Niger.

La Journée nationale de mobilisation contre la traite des personnes a été soutenue financièrement par l’OIM grâce à l’appui de la République de Corée du Sud.

Pour plus d’information, veuillez contacter Aïssatou SY, aisy@iom.int.

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